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dimanche 14 février 2016

"Il y a beaucoup de choses auxquelles il n'est pas supportable de penser. Penser peut nuire à nos chances, et j'ai l'intention de durer. Je sais pourquoi il n'y a pas de verre sur l'aquarelle aux iris bleus, pourquoi la fenêtre ne s'ouvre qu'en partie, et pourquoi la vitre est en verre incassable. Ce n'est pas une fuite qu'ils craignent. Nous n'irions pas loin. Ce sont ces autres évasions, celles que l'on peut ouvrir en soi-même, si l'on dispose d'un objet tranchant"

                           






         La servante écarlate est un roman qui a été publié en 1985. Cette dystopie nous présente un monde, qui est en fait le notre, mais où les femmes ne peuvent plus travailler et leur fonction première, celle qui les définit avant tout autre chose, est celle d'enfanter. La femme n'est donc qu'un corps, même pas un corps entier en fait, juste un uterus. L'héroïne du roman fait partie de ces femmes choisies pour concevoir des bébés, bébés qu'on leur enlèvera dès la naissance de ceux-ci car elle ne sont pas censées êtres des mères. Des utérus sur pattes, c'est tout. Notre héroïne nous livre -nous raconte page après page- la souffrance de cette existence d'esclave, de non-personne, d'ombre. 


                      J'ai tant à dire sur ce livre, tant de choses que je n'ai pas comprises, tant de choses qu'il me sera difficile d'exprimer. Dès le prologue, j'ai su. Su que ce roman avait été écrit pour moi et si ce n'est pas le cas, c'est tout comme. Les mots de Margaret Atwood sont passés de son cerveau à mon âme sans entre-deux. Il y a des bons livres qu'on ne sait pas apprécier, il y a des mauvais livres qu'on ne peut pas s'empêcher d'adorer. Et il y a ceux qui sont comme un cadeau tombé d'on ne sait pas où, un pacte secret entre l'auteur et le lecteur, quelque chose d'autre, quelque chose de plus. La servante écarlate a été cela pour moi. Le style d'abord : ces descriptions qui sortent de je ne sais-où, qui ne font pas que dessiner un paysage, un cadre spatio-temporel mais qui disent. Les descriptions chez Atwood disent plus que tout le reste : elle disent l'horreur, la souffrance, la déchirure. Comme dans 1984, l'horreur est souvent plus évoquée que montrée frontalement ce qui est particulièrement glaçant, on ne peut qu'imaginer derrière les non-dits, derrière le trop vague, ce qui se cache derrière. Ah la servante écarlate ... un autre 1984, un 1984 qui se demande : mais où sont les femmes dans tout ça ? Alors bien-sûr il serait épouvantable de présenter La servante écarlate comme un 1984 féministe, c'est simplificateur mais ce que je veux dire en fait c'est qu'on retrouve beaucoup d'aspects du roman d'Orwell dans celui d'Atwood et pas juste parce que ce sont deux dystopies, il y a chez les deux auteurs une réelle compréhension, une analyse excellente de ce qui fonde la peur, de ce qui fait la désespoir, un souci de cohérence et de vraisemblance dans l'intrigue que j'ai trouvés excellents.
                      Alors si vous recherchez un roman rempli d'action, de rebondissements etc. passez votre chemin. Ce n'est pas le lieu pour cela, ce n'est pas le propos. On suit cette femme, ce qui lui arrive et il y a donc bien une évolution, un avant et un après, une intrigue qui se déroule mais Atwood mêle à cela des flashbacks qui nous rappellent sans cesse que dans un monde où le présent est une torture, où l'avenir est plus effrayant encore, la seule chose à laquelle on peut se raccrocher, c'est le passé même s'il est quelque part plus cruel encore car il nous rappelle ce qui n'est plus et ce qui ne pourra plus jamais être. Je dis donc que le développement de l'intrigue n'est pas l'élément qui vous fera tourner frénétiquement les pages car le regard du narrateur est quasi-constament tourné vers le passé et les regrets, les regrets, ces maudits regrets ... ils vous plomberont peut-être le récit. Moi ils m'ont bouleversée plus que tout autre chose. Un roman qui parle de la Femme, de la société et de l'être-humain de manière virtuose. A lire.





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