Je veux être au courant des supers reviews de la super fée Ryalle !

samedi 9 décembre 2017

résolutions

Une petite mise à jour pour annoncer que je comptais bientôt revenir sur ce blog poster régulièrement des critiques de livres. 2018 sera une excellente année de lecture, je le sens, et je tiens à ne plus négliger ce blog ! Excellente fin d'année à toutes et à tous !

mercredi 4 octobre 2017

« The girl sitting here right now, dejected and guarded and covered in dust—how can this be the best version of me? »





                       C'est la dernière année de Mercedes au lycée. Alors que sa grand-mère tombe gravement malade, forçant sa mère à la laisser sa petite soeur et elle toutes seules, nous suivons le quotidien de l'adolescente. Le premier chapitre commence avec un piano tombé du ciel qui n'est que le début des étrangetés que nous suivrons au fil des pages. Ces quelques semaines sans parents seront l'occasion pour Mercedes d'apprendre à mieux se connaître, entre le rapport complexe qu'elle entretient avec son art (après avoir gagné un prix pour une de ses peintures, elle a perdu toute inspiration), sa relation avec sa soeur et sa meilleure amie (dont elle est amoureuse) et sa rencontre avec une mystérieuse colocataire qui lui ouvre la porte d'un endroit où créer ne paraît plus si difficile que cela... 



                           Je dois dire qu'en commençant le roman je m'attendais à une romance mais, d'entrée de jeu, il a été clair que Lauren Karcz a voulu se concentrer avant tout sur la relation que Mercedes entretenait avec son art. L'Art est un personnage à part entière de ce roman étrange et j'avoue que ça a été mon aspect préféré du livre. La façon dont le syndrome de la page blanche est abordé, la quête perpétuelle d'un "quelque chose"qui relancerait sur les rails de la créativité ... oui, si histoire d'amour il y a, c'est avant tout entre le personnage principal et son art qu'elle aime viscéralement et qui l'habite.
                           D'autre part, the gallery of unfinished girls est un roman de réalisme magique, "magical realism", genre popularisé par des auteurs sud-américains tels que Gabriel Garcia Màrquez ou Isabel Allende dans la seconde moitié du XX ème siècle. Il n'est d'ailleurs pas anodin que l'auteur choisisse de donner à son personnage une origine portoricaine. J'y ai lu un hommage aux maîtres sud-américains du réalisme magique dont l'auteur s'est clairement inspirée. Pour un premier roman, j'ai apprécié la créativité dans l'intrigue comme dans le language avec un travail sur les métaphores qui n'était pas toujours convainquant mais qui a parfois su me toucher.
                         Cependant, je n'ai ressenti aucun attachement aux personnages, surtout pas au personnage principal. Mercedes est une jeune femme égoïste, une artiste centrée sur son art, sur ses propres émotions qu'elle est sans cesse en train d'analyser (ce qui fait que le texte tourne souvent en rond et n'échappe pas à de fâcheuses répétitions) et néglige les gens autour d'elle, tout en s'auto-congratulant les rares fois où elle n'ignore pas son entourage. Je me suis certes reconnue en elle dans certains aspects de ce renfermement sur soi et cette auto-satisfaction mais cela ne m'a pas empêchée de la trouver très irritante.
                        Il y a une amorce de romance mais comme je l'ai dit plus haut, la véritable amour de Mercedes, c'est sa peinture, ses toiles ... dès lors, il est dur de croire en son amour pour Victoria ou de se soucier de cela. L'auteur parlait de cet amour d'une très belle manière mais elle ne m'a jamais fait ressentir d'où il venait et il m'a paru très superficiel alors qu'il était censé être consumant.
                       Pour finir, je dirais que si le réalisme magique a fourni certains des passages les plus réussis, je n'ai pas apprécié la manière dont l'auteur s'en est parfois servi comme une manière de camoufler les faiblesses de l'intrigue. Lauren Karcz est cependant une auteure à suivre même si le potentiel de ce roman qui aurait pu être excellent a été un peu gâché. Certains passages magnifiques ont parfois rattrapé les aspects négatifs mais mon impression globale reste mitigée.





the gallery of unfinished girls de Lauren Karcz. 352 pages, Harper Teen. Publié lé 25 juillet 2017. (premier roman de l'auteur, pas encore traduit en français)


jeudi 17 août 2017

Becky Albertalli a tout bon pour la deuxième fois





             Il est rare pour moi de suivre un auteur depuis le début, au fil de ses publications. J'ai tendance à ne pas être à jour sur les nouvelles sorties. Je suis toujours au courant de l'actualité littéraire (après tout c'est un des mes hobbies) mais les lire à leur sortie ? C'est une chose nouvelle pour moi. En 2017 pourtant j'ai lu énormément de nouvelles publications, principalement des nouveaux auteurs que j'ai découverts et que je compte suivre attentivement. Ce n'était pas vraiment un choix intentionnel, plutôt une envie soudaine de découvrir de nouvelles voix dans la littérature young adult et de lire plus de diversité. De la diversité, il y en a dans le second roman de Becky Albertalli. Je l'avais découverte en 2015 avec son premier roman YA, le très bon Moi, Simon 16 ans Homo Sapiens qui traitait du coming-out chez les adolescents. C'était une sorte de rom-com que j'avais dévoré d'une traite et que j'avais beaucoup aimé, sans que ça ait été pour autant un coup de coeur. Son deuxième roman sorti deux ans plus tard, The upside of unrequited a dépassé mes espérances et demeure à ce jour mon roman préféré de cette année : Molly, notre heroine, et sa soeur jumelle Cassie ont toujours été inséparables. Leur relation se complique lorsque Cassie tombe amoureuse et voit tout son temps accaparé par son nouveau "crush". Molly, qui n'a jamais osé aborder les multiples garçons pour qui elle a eu des sentiments, voit son monde chamboulé par sa rencontre avec Reid, jeune geek avec qui elle travaille pendant les vacances d'été. 



                         Ce roman traite de plusieurs thèmes chers à mon coeur : Molly est en surpoids et Becky Albertalli réussit à montrer à quel point les complexes entretenus dans la tête d'une adolescente peuvent rendre l'idée d'une relation amoureuse effrayante. Lorsque la seule chose à laquelle on pense est la façon dont son corps occupe l'espace, il est difficile d'être en paix avec soi et encore plus d'accepter de s'ouvrir à l'autre. Le fait que Molly ait des problèmes d'anxiété ajoute encore plus à son malaise quotidien mais Becky Albertalli a réussi à montrer qu'en dépit de ces contrariétés, les bons jours existent et cette note d'espoir distillée tout au long du roman m'a rendu très heureuse. L'auteur a en plus un don pour l'écriture des dialogues, les conversations paraissaient tellement authentiques que la lecture n'en devenait que plus fluide. (une des raisons pour lesquelles la future traduction en VF me fait peur. ) 
                       D'autre part, Becky Albertalli continue à traiter de l'homophobie qui est un sujet visiblement cher à son coeur (une partie de l'intrigue se concentre sur la préparation du mariage des mamans de Molly et Cassie) ainsi que du sexisme sous ses formes les plus ordinaires. Dans le contexte de l'Amérique d'aujourd'hui, je salue la force politique de ce roman young adult. J'ai tellement adoré ce roman qu'il est difficile pour moi d'en parler mais un des aspects que j'ai le plus aimés c'est la manière dont Becky Albertalli a travaillé son personnage principal, ses différentes facettes, ses contradictions ... Dans un marché young adult qui multiplie les stéréotypes, Molly est l'antithèse des clichés du genre, c'est une célébration des paradoxes et non-sens que l'adolescence peut être, de la diversité et de la force de l'amitié. Oui, tout ça en même temps !


Le roman sort en français en septembre.

dimanche 13 août 2017

Un autre roman de vampires pour ados ?







            On se rappelle tous les années Twilight, le nombre fou de "romans de vampire" pour ados qui ont envahi les rayons de nos librairies après le succès de la saga de Stephenie Meyer. Je plaide coupable, j'y ai moi aussi succombé et suis tombée sur plus de romans médiocres que je ne l'aurais voulu. Vous pensez bien qu'un énième roman du même genre ne me tentait pas du tout. Sauf que...  il y a deux ans, j'ai lu le recueil de nouvelles de noel My true love gave to me, recueil dont la qualité des nouvelles était plutôt inégale, seules quelques unes m'ayant réellement marquées. L'une d'elles était celle de Holly Black, auteur que je connaissais seulement de nom. Il m'a fallu seulement quelques pages pour savoir que je voulais lire tout ce que cette femme avait écrit. J'ai donc mis de côté mes réticences et me suis procuré The coldest girl in coldtown, (Coldtown, cité des vampires en français chez Hachette) et me suis lancée dans cette lecture.

 Notre héroïne Tana vit dans une Amérique où les vampires -qui autrefois vivaient parmi les humains sans que ces derniers ne soupçonnent leur existence- sont regroupés dans ce qu'on appelle des "cold towns" c'est à dire des sortes de villes cloisonnées où vivent vampires et humains contaminés. (Un humain mordu ne devient pas automatiquement vampire dans ce roman, il est en premier lieu "contaminé" et peut éliminer l'infection) Un matin, Tana se réveille après s'être endormie dans une baignoire lors d'une soirée bien arrosée et trouve tous ses camarades massacrés. Des vampires sont passés par là et elle est la seule survivante de cette boucherie. Ainsi commence ce roman.


                            Ce qui m'a le plus impressionnée chez Holly Black, c'est son agilité à aller d’un point A à un point B sans se perdre. On sent qu’elle maitrise son récit de bout en bout et qu’elle sait où elle veut nous emmener. Le rythme était parfait : elle prenait le temps de nous présenter les personnages plus longuement quand il le fallait, notamment à travers des flashbacks, et elle venait rompre les moments d’accalmie par des scènes d’action pour ne jamais perdre mon attention. Elle aurait pu faire de ce roman quelque chose de niais, elle en avait le matériel : héroïne tourmentée aux tendances suicidaires ? check. vampire ténébreux encore plus torturé et parlant comme un prince russe du début du XX e ? check. Mais elle ne s’est jamais laissée entrainer dans cette pente (même si le roman ne manque pas de passages romantiques à souhait)
                                     
                         Il y a eu tellement de romans sur les vampires ces dernières années mais Black a réussit à créer une nouvelle mythologie qui m’a absolument convaincue. Les parallèles entre sevrage de sang humain et sevrage de drogue est une image très moderne du vampirisme que j’ai trouvée très intéressante et bien exploitée. Tout ça servi par le style d’Holly Black que j’aime toujours autant. Le roman n'est pas parfait, il aurait pu être plus long (je rêve d'une suite ou d'un préquel, il y a largement matière à cela), il est arrivé que certaines répliques soient niaises ou maladroites ... mais ce sont des soucis mineurs comparés au plaisir que ce livre m'a procuré. 



En résumé, The coldest girl in coldtown a été une lecture sombre, glauque, délicieusement creepy et j'ai hâte de me plonger dans mon prochain Holly Black.


jeudi 25 mai 2017

the song of achilles x the good soul : "literary fiction" et fanfiction

                    



Aujourd'hui je voulais partager quelques réflexions que je me suis faites à propos de deux récentes lectures.


                             J'ai découvert le monde des fanfictions très jeune, à à peine 10 ans grâce aux "potterfictions". A l'époque, lorsque l'attente entre deux sorties de tomes d'Harry Potter se faisait trop longue, il était follement réconfortant de retrouver les personnages et l'univers que j'aimais tant dans d'autres histoires écrites par d'autres fans. Si les fanfictions ont toujours été une source de divertissement pour moi, il n'y a que très récemment que mon estime pour cette forme de littérature s'est trouvée élevée. La façon dont certains auteurs de fanfiction arrivent à faire de personnages fictifs ou existants les leurs, en s'appropriant leurs histoires d'une façon si personnelle, en jonglant avec éléments connus et/ou inventés pour créer parfois des chefs d'oeuvre ... je ne sais pas comment j'ai pu mettre autant de temps avant de reconnaître l'art en cela. Certaines des plus belles oeuvres de fiction que j'ai pu lire dans ma vie sont des fanfictions, comment alors leur nier leur statut d'oeuvre littéraire ? Certains s'y acharnent cependant. Faut-il donc qu'une oeuvre soit publiée pour qu'elle soit littéraire, aussi bien écrite fût-elle ? Heureusement, il semble que le stigma autour des fanfictions diminue de plus en plus que des lecteurs se rendent compte de l'absurdité de les dénigrer dans leur globalité.
                             
                           En anglais, une oeuvre de fiction contemporaine estimée qualitativement est classée dans la catégorie "literary fiction". On se chamaille encore pour définir exactement ce qu'englobe cette catégorie mais il y a toujours cet aspect qualitatif qui demeure. Il y a quelques semaines, j'étais d'humeur à lire une fanfiction sur la Grèce antique, sans trop savoir exactement ce que je recherchais exactement. Je me suis laissée tenter par une fanfiction intitulée The Good Soul, retraçant une partie de l'adolescence de Patrocle et Achilles, deux des fameux personnages de l'Iliade. Je dois dire que leur relation m'avait toujours fascinée et c'est ainsi que je me suis mise à lire fanfiction après fanfiction, sans grande conviction je dois dire. Je suis tombée sur The Good Soul donc, un peu à reculons je l'avoue, la fanfiction faisant plus de 200 000 mots, c'est à dire plus de 500 pages à peu près. Je me suis dit "bof, lis le premier chapitre on verra bien, tu n'es pas forcée de la finir cette histoire". Quelques minutes plus tard, j'étais scotchée à mon téléphone duquel je m'éloignerait seulement 1 jour et demi plus tard, après avoir achevé le coeur serré cette fanfiction.

                             L'intrigue de The Good Soul débute lors du premier jours de cours de Patrocle. Patrocle est un adolescent fier mais silencieux, effrayé à l’idée d’affronter ses nouveaux camarades de classe qui ont tous entendu parler de l’incident qui s’est déroulé conduisant Patrocle a tuer un autre enfant, le bannissant à jamais de sa ville natale. Patrocle sait donc avant même de pénétrer dans la salle de classe qu’il sera un paria dans cette terre d’exil, terre où règne le roi Pélée, père d’Achille. Dès le début, la relation entre Achille et Patrocle est turbulente. Comme je l’ai dit, si Patrocle est honteux de son statut de paria ainsi que de son passé criminel, il est néanmoins fier de nature et n’accepte pas de se plier aux exigences d’Achille, qui en tant que demi-dieu et fils de roi, est courtisé et admiré de tous, ce que Patrocle méprise. Mais il ne va pas falloir beaucoup de temps avant que les deux deviennent inséparable.
                             
                              Ce qui est intéressant dans The Good Soul, c’est que la grande majorité des oeuvres de fiction qui s’intéressent au personnage d’Achille se concentrent surtout sur la guerre de Troie pour des raisons évidentes. Or, cette fiction s’achève juste avant la guerre de Troie. C’est une espèce de chronique de l’adolescence de Patrocle et Achille, comme une collection de récits épisodique de leurs aventures au chateau de Pélée. Cela ne nous épargne pas cependant des scènes de batailles déchirantes et remplies d’action qui viennent rompre le quotidien des adolescents, quotidien que l’auteur a su rendre passionnant. La chaleur de Phtie, le parfums de fleurs, les rires des adolescents lors des diners, les commérages des servantes … pendant ma lecture j’ai été complètement transportée dans cet univers antique si lointain mais que l’auteur a su retranscrire à merveille, mettant mes sens en éveil. 


                            A côté de cela, The Song of Achilles de Madeline Miller,  roman sur le même thème, s’étend sur la guerre de Troie qui prend une place importante dans le roman. L’enfance et l’adolescence de Patrocle et Achille sont évoqués assez longuement mais l’horreur de la guerre dans la seconde partie du roman vient contrebalancer de manière assez cruelle la candeur et la tendresse de la première partie du livre. J’ai adoré ce roman mais avec du recul, je ne sais pas si je l’ai autant aimé parce que ces personnages et leur destinée me passionne. Ce que j’ai aimé dans The Good Soul, c’est que Achille était montré de manière réaliste : splendide mais terrible, cruel, inquiétant… alors que dans le roman de Miller, on a le point de vue de Patrocle qui, idolâtrant Achille, nous peint un portrait magnifié d’Achille. C’était beau de voir ce personnage si important dans la mythologie à travers les yeux de Patrocle, simple humain. Et si cette vision évolue au fil des chapitres, j’aurais cependant aimé que l’auteur s’intéresse aussi à cet aspect terrible du personnage d’Achille or, Patrocle met beaucoup trop de temps avant de poser un regard lucide sur ce dernier. Quand cela est enfin arrivé, c’était beaucoup trop tard pour que je sois complètement convaincue. En outre, je ne suis pas totalement satisfaite par le style d’écriture de l’auteur ainsi que par le rythme du récit que j’ai trouvé assez curieux. (j’ai lu les cent premières pages en français puis la suite en anglais, ce qui peut expliquer que je n’ai pas pu me laisser emporter complètement par l’écriture et par le rythme) Cela n’empêche que j’ai passé un excellent moment de lecture avec le roman de Miller mais mon biais en faveur de ces personnages et de cette histoire fascinante peut expliquer cela. Une re-lecture future me permettra de confirmer ou infirmer cela.


  Pour revenir à ce que disais plus haut par rapport au statut de la fanfiction, dans ce cas-ci j’ai préféré lire The Good Soul que j’ai trouvée plus maîtrisée que The Song of Achilles. Elle respecte certes les codes de la fanfiction (surenchère du drame, style pas toujours homogène, hyper-sexualisation des personnages…) mais montre qu’enfermer la fanfiction à de la lecture pour fangirls hystériques est non seulement insultant mais fait indubitablement passer à côté de véritables perles.